Le Noir dans le Blanc

Ecriture. Photographie. Réactions.

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La chute est une chute

        Je me suis encore perdu dans son ravin nasal. A la place d’encoder son logos avalancheux je fixe uniquement mon attention sur son nez, son gros tarin crochu coupé en deux par l’os. Ses cheveux grisonnants qui tuyautent dans l’air raisonnent dans la courbe de mes neurones comme synonyme d’ennui et de féminisme préhistorique revendiqué. Je n’écoute pas la professeur. Elle est la méduse des études. Et c’est bien cela mon problème. Sans cesse dans l’imaginaire et la création d’un monde meilleur. Un flou désorganise la pensée et c’est le mélange des sensations. Le gris des cheveux, la bouche qui s’ouvre et se ferme de manière intempestive, le doigt pointé, le tableau plein de mots et de phrases en couleur. Je suis le fractionnaire de ma propre attention. Il y a le monde et moi. C’est comme si j’étais de la mousse sur un corps chaud et humide qui sort du bain, impressionnant de complexité et d’expression sensuelle mais je n’y reste pas collé, préférant retomber dans la mer que forme l’eau chaude du bain et tellement plus rassurante de part sa plénitude dont j’explore la surface timidement.
Le cours touche à sa fin. Une seule question me brûle l’esprit : est-ce que le paravent qu’elle a au milieu de la figure grignote son champ de vision ? 

Je pars seul sans dire au revoir. J’ai envie de fumer. Prendre une bonne bouffée d’un joint roulé soigneusement. Que la fumée envahisse mes poumons   

Strasbourg est belle même quand il ne fait pas beau. Elle dégage un calme plat très poétique comme si elle avait déjà donné et qu’elle voulait se reposer un long moment. Ses pavés rosés sont mariés au gris du ciel devant l’éternel. La lumière que Strasbourg reflète est tellement pleine de vie que tant les petites bourgeoises à talons haut que les clochards à bouteille se lient parfaitement au décor. Ils existent dans une cohérence et un flux humain. Ils se rapprochent sans jamais se toucher. Des mondes qui se croisent. Je ne résiste pas à les regarder dans les yeux pour tenter de rentrer dans leur caverne autobiographique. C’est vrai après tout, nos yeux ne sont que des aimants. 

Je n’ai que ça à faire quand je prend le tramway pour rentrer à la maison entre midi et deux, quasiment tous les jours lorsque j’ai cours à la fac. Les visages différents qui accompagnent des milliers d’histoire de vie sont les seules choses qui modifient ce genre de journée. Sinon elles sont toutes identiques, quasiment millimétrées en temps et en espace. Et c’est la même souffrance de l’habitude qui hante tous ces gens bien rangés dans le tramway autour de moi. Des centaines de personnes collées les unes aux autres qui ne s’échangent pas un mot. C’est pareil dans les supermarchés. Nous faisons la même activité au même moment et nous ne parlons pas. La collision possible est le seul élément qui nous différencie des fantômes.

Et nous sommes déportés grâce à notre tramway ou métro de fortune pour un sinistre voyage, le seul ou l’on ne communique pas, le seul où l’évasion n’est pas permise puisqu’elle ne doit pas se faire, jusqu’à une triste activité qui va relier l’homme à sa réalité la plus violente : le fait d’accepter qu’il est un esclave de la monnaie. Puisqu’il faut travailler pour vivre, il faut vivre pour travailler. On m’a appris ça depuis l’enfance. 

Nous sommes finalement dans la soumission la plus totale à une condition de vie. Il faudrait un remède à tout ça. Un ultimatum qui fera pousser les testicules de la résistance aux larves gluantes que nous sommes, comme des bourgeons aux printemps sur un beau cerisier. Je suis assis entre une obèse qui écoute de la musique sur son baladeur bas de gamme et des lycéens dont le niveau de conscience politique n’excède pas celui d’un lama des Andes. La seule manière d’émousser un mouvement de révolte en prenant en compte ce genre d’individus serait le manque de nourriture. Nourris, logés, il ne bougeront pas. Je me demande si avoir l’espoir d’un changement venant d’eux est bien utile puisqu’ils ont l’air si parfaitement installés dans leur graisse de sous-culture et dans la fraîcheur de la futilité. Après tout, la futilité fait fuir les pensées de mort. Et on se sent tellement bien lorsqu’on y pense pas, à cette foutue mort pour laquelle on vit. Moi, la mort, elle me fait réfléchir sur la vie.

Voilà, je rentre chez moi, une fois de plus. Mon immeuble est d’une glauquitude intensément douloureuse. Il y a une folie imprégnée dans les murs que les gens ont déposé au fil des années et dont ils puisent encore dedans aujourd’hui lorsqu’ils passent dans les couloirs. Quand on rentre, on sent à la fois cette folie de l’immeuble infestés de cas sociaux mais aussi l’espoir du peuple de France qui se lève chaque matin pour aller travailler et dont la mauvaise humeur de la journée éclabousse sur les murs et dégouline dans les escaliers. Il rumine dans ces couloirs une atmosphère morose mais obligatoire compte tenu du mélange entre misère de la folie et travail forcé. Finalement, mon lapin dans sa cage, moi dans mon appartement, les français en France, les humains sur Terre, ce n’est qu’un assemblage de poupées russes. 

Fifou est un lapin nain femelle vêtu d’une jolie robe brune et d’une collerette de poils qui lui fait une sorte de bouée autour du cou (parait-il que c’est un pelage dont les femelles se servent pour mettre sur leurs nouveaux-nés). Ajoutons à cela un air niais et de jolies oreilles et vous avez un lapin irrésistible pour un certain public, mon public. Il faut dire que je gagne un sacré paquet de thunes - du moins un bon salaire comparé à une paye minable d’étudiant de base - en filmant ma lapine en train de faire toute sortes de choses et en publiant les vidéos sur YouTube. Un rien suffit à attendrir une partie de la planète qui en cliquant sur mes vidéos me donnent de l’argent sans le savoir, grâce aux publicités. 

« Fifou and the pink balloon » m’a rapporté autant d’argent qu’un smicard peut en avoir en travaillant deux longs mois tout en ayant en tête ses problèmes personnels, ses angoisses et ses envies de tuer son patron d’une manière diabolique. Avant on faisait vivre son animal de compagnie, maintenant il est possible de faire en sorte que ce soit lui qui vous offre une belle vie. 

YouTube a eu un impact tellement puissant sur le cerveau humain que la Créature soi-disant a plus évoluée est capable de sauter en slip dans un cactus mexicain ou manger un pot de Nutella entier à la cuillère afin de faire le « buzz », récolter des vues et avec comme motivation une rémunération à la clé. Cette nouvelle forme de prostitution publique ne fait que progresser de manière exponentielle et tant que ça marche, nous avons tous en tête de devenir un héros Youtubeur qui commet un acte qui sort de l’ordinaire, pour le ‘fun’. Comment l’homme a-t-il pu arriver à salir son corps et surtout son esprit, à rabaisser son intellect, sa propre capacité d’adaptation, pour le fric et la popularité. Et je fais partie de ces tapineuses du net entraînées dans la spirale de l’argent facile sous couvert de mes macs YouTube et patrons de multinationales qui prennent une grosse part de ce que je leur rapporte et qui s’enrichissent sur la misérable intelligence des internautes crucifiés sur leur devoir de consommer. 

Je ne suis pas d’attaque pour faire une vidéo de Fifou aujourd’hui. Mon envie de fumer me prend de plus en plus aux tripes jusque dans la gorge. Seulement, je n’ai plus d’herbe. Je ne fume que de ça et de la bonne. Pas question de goûter à toutes ces saloperies que l’on trouve dans le shit. D’ailleurs, ça ne s’appelle pas « shit » pour rien. Mon dealer habite à l’étage juste au-dessus du mien. Business et récompense à proximité, ma vie d’étudiant est un régal, un régal de vermines. 

Je sors de chez moi direction le marchant d’herbe en ressentant l’odeur puante de mon voisin de pallier comme à chaque fois que je ferme la porte de mon appartement. Un mélange entre shit, transpiration et crasse dont le nettoyage est trop souvent délaissé. Je ne sais pas ce qu’il fout là-dedans mais je me dis que cette caverne d’Ali Baba ne renferme pas de trésors précieux, bien au contraire. C’est l’un des rares voisins que j’ai pu voir car il m’a demandé quelque chose une fois. Je ne me souviens plus. Tous les autres ne sont que des fantômes. Je ne vois personne et surtout je n’entend rien. Sauf les roumains d’en face assez bruyants car nombreux. Au moins, les lapins dans leur clapiers peuvent se dire bonjour à travers la grille.

L’odeur du shit un jour, de l’herbe un autre, émane sans complexité, se mêle parfaitement avec la saleté des murs et des détritus que les jeunes déscolarisés rejettent lorsqu’ils viennent traîner dans la cage d’escalier. La société est ainsi faite que l’on ne dit rien et on laisse faire puisque la responsabilité est divisée par le nombre de personne qui habitent dans l’immeuble. Ce sont des petits connards mais un code de société mêlé à une peur évidente de l’affrontement nous permet uniquement de le penser et non de le dire ouvertement. 

Arrivé devant sa porte je constate que celle-ci est marqué d’un mot tagué en gris argenté de manière très rapide et violente. Le rouge de la porte fait en sorte qu’il ne passe pas inaperçu. Au vue de cette agression verbale pulvérisée sur sa porte je me doute qu’il a de sérieux ennuis en ce moment. Cela m’étonne, c’est un garçon plutôt calme et bien discret. Je sonne quand même. Cinq joints par jour parait-il que c’est trop. Mais sans ça je ne vis plus. Il faut qu’il me réponde. Je regarde dans le judas par réflexe comme si de mon côté j’arrivais à voir ce qu’il se tramait à l’intérieur de son appartement. Ca doit être mon self voyeur qui veut ça. J’ai toujours voulu voir ce que les autres ne peuvent pas. Le corps d’une femme sous ses vêtements, les galeries interminables des nids de fourmis, ce que les artistes font avant et après un concert, l’intérieur des pyramides d’Egypte. 

Mon oeil se rétracte de l’univoque rondeur de judas et je pars déçu espérant que mon dealer me répondra au téléphone. Ces gens-là sont aussi stables que des pingouins sur la banquise. Mes idées noires commencent à refaire surface et grimpent sur la partie visible de mon identité iceberg. Je descend les marches jusqu’à mon étage tout penaud et rentre dans mon appartement. Dès que je ferme la porte, j’en entend une autre s’ouvrir, celle de mon voisin crasseux qui m’ayant certainement entendu rentré, sonne à mon antre. 

« Salut, excuse moi de te déranger tu pourrais pas me dépanner d’un peu d’électricité s’il te plait, au moins juste pour une journée ? 

Euh, oui pas de problème.

Je te remercie. Ils m’ont tout coupé là, hier. Je vis dans le noir je vais devenir fou. L’assistante sociale devrait me mettre les sous sur mon compte demain. »

Me voilà ainsi rentré dans son appartement pour m’expliquer plus en détail le problème. Je comprend alors pourquoi cette odeur de renard mort quand j’arrive devant chez moi. Je regarde furtivement par terre mais une couche de je-ne-sais-quoi commence à faire effet. Des papiers et de multiples objets sont étalés de partout et l’orientation des meubles ne suit aucun principe. J’ai l’impression d’affronter la psychose comme si je rentrais dans un mur. Et c’est en utilisant ma rallonge de dix mètres pour qu’il se raccorde électriquement à mon appartement qu’il commence à me raconter sa vie pathétique. Comme quoi, en se croyant en dessous du niveau de la mer, il suffit d’un moment pour nous retrouver sur une montagne. Mon voisin s’avère être un gros joueur. Machines à sous, PMU, paris sportifs, tout y est passé et il rêve encore de décrocher le gros lot. Monsieur l’a déjà gagné une fois (une modique somme cependant) et il pense retoucher sa bonne étoile très prochainement. Je sens dans son regard la perdition et une fausse assurance qui commence à être mordue par la peur de tout perdre. « Cette après midi j’étais au bar et j’étais sûr que le 11 passerait. Mais j’avais pas d’argent j’ai rien pu misé. Sinon j’aurais mis mes 200 euros sur lui. Je l’ai senti, c’était lui ! C’était à Bordeaux, un cheval espagnol. Ils sont trop forts. »

J’imagine la dopamine galoper dans ses neurones comme de magnifiques chevaux dans l’hippodrome humide de ses pensées circulaires.  

Je suis accablé par le désespoir non divulgué de ce pauvre homme qui comme des milliers a succombé à la tentation trop souvent irrésistible de jouer. Il en devient un pantin de bois qui n’a plus aucune prise sur son existence. 

Prise branchée, voisin remercié. Le voilà paré pour un jour de lumière. Quant à moi, il veut me donner un peu de shit mais je refuse pour je ne sais quelle raison. 

Je pars trop loin avec ce genre de merde. Il faut que j’arrête mais dès que je m’en éloigne la fumée manque à mon corps. C’est terrible. Je m’effondre sur le canapé après avoir baissé mes volets roulants. Ce n’est pas les gens d’en face qui vont me voir, c’est à moi de les connaitre, pas eux. J’aimerais être aussi droit que les lignes de ma couverture. La télévision éclaire son insignifiance sur ma face blanche presque endormie. Elle forme un si beau carré blanc dans le noir et pourtant si impur pour l’esprit déjà trop tourmenté des gens. Du rêve, il parait qu’elle envoi. Moi je ne vois que du traficage et de la violence psychologique passée sous savon. Quand je la regarde je fais un plat de 10 mètres dans un bain d’inculture moisie. Pourtant il me la faut pour mes nuits d’insomnies. C’est la présence inhumaine que j’ai trouvé pour pallier à l’humaine proximité que je n’ai pas. 

Vais-je résister ? Le voisin est tout proche, il suffit juste d’aller sonner chez lui. Même à deux heures du matin il devrait pouvoir m’en donner. Ce n’est pas que ça me manque mais mon humeur chute de plus en plus. Il y a cette énorme porte fermée à triple tours. Depuis que je l’ai fermé je regarde sans cesse par le trou de la serrure, la petite lueur d’espoir qui éclaire l’autre côté. Toute petite lumière dorée et jolie. A chaque fois que je fume je la vois, après chaque bouffée elle grandi. Ici et maintenant je suis trop loin de la porte, au moins à dix mètres, je veux courir. Jusqu’à la porte on me retiens par le col. Salauds. 

Rien ne me calme. Et pourtant, mon frigo est plein. 

Toc-toc résonne la porte du voisin sous le coup de mes phalanges. Personne. Re-toc-toc. Il doit être parti ce con. Il va souvent en Allemagne. Je lui prête mon électricité et il n’en profite même pas. Je vais le débrancher. Non, après il ne me donnera plus rien. 

Le petit mot laissé sur la porte lui fera comprendre que je désire tout de même son présent. La nuit est difficile. Sur mon balcon j’observe la lune sombrer avec moi dans le penchant délicieux de l’aube, engouffrée dans la beauté du jour soudain. Et c’est à ce moment précis qu’on a l’impression d’être sans intérêt. Quand les autres humains ont une vie, de futiles ou fabuleux projets que l’on ne peut que regarder partir et s’enfuir avec eux. Rien pour nous. Juste une vie à subir en prenant une substance qui nous fait revivre à un seuil minimal, assez faible pour accepter que l’on existe. 

Rien ne m’excite. Et pourtant, mon robinet coule. 

Je m’écroule enfin sur First Impression of Earth qui vibre dans mon appartement. Seuls les Strokes sont arrivés à me liquider. Du moins pour cette fois. 

Mon réveil sonne alors que je rêvais que mon père dealait de la drogue. Je suis envahi par cette pensée alors qu’il faut que je me prépare vite. La nuit de 2h30 m’a lessivé et ce soir je suis en Belgique pour un festival de musique techno. Un bus m’attend à la gare. Je prend mes affaires, sac à dos, appareil photo, papiers, ticket et je file. La musique techno, musique électronique, sons modernes, bruitages de l’espace ne me transcende pas. J’y vais avec un ami qui adore ça et qui m’a dit que là-bas, c’est un autre monde. Il me rejoins au bus tout excité alors que je suis toujours dans la lune de ma planète-cerveau. On monte là-dedans et le bus s’enfuit direction la Belgique avec à son bord des gens pressés de se faire péter les tympans et les narines par du son et de la drogue. Je trouve ça marrant. Tellement marrant que mon voisin me propose un rail de speed. J’accepte,  terriblement conquis. « Avec ça tu seras au top toute la nuit pour danser et surtout pour faire un câlin à ta copine. » J’en ai pas mais je ne dis pas non. Nous avons là un avant goût de déchéance humaine qui me prépare au festival, à l’apothéose. Des jeunes complètement paumés qui ne peuvent pas se passer de substances pour savourer leur musique. Ils vivent la continuité de la fête, sans se soucier du temps qui passe, petits niais supportant leur sort de dépravés. Moi le premier, je ne résiste pas, je coule comme un sous-marin. Vais-je refaire surface un jour ?

Une petite avec les cheveux rouges dans le fond est mignonne. Elle est avec une copine. Je la regarde s’engouffrer dans la marrée humaine qui elle-même rentrer dans le complexe fermé gigantesque. A nous la nuit infernale. 

C’est une succession d’images grotesques et inédites dans mes yeux puis dans ma tête. Les gens ont soudainement perdus tous leurs codes sociaux. Ils pissent, vomissent, s’endorment, font toute sorte de gestes ici et là. Ils chieraient presque par terre. Je regarde ce spectacle comme un visiteur venu de l’espace. C’est presque beau tout ce désordre. 

La musique techno a mis un grand coup de pied au cul de la musique traditionnelle faite avec des instruments, des cordes, du bois, du vent, du souffle. Maintenant, seulement du plastique et un bon doigté fait vibrer les gens en trans. C’est une musique pour se perdre et non pour se trouver. On a tapé dans mon cerveau comme dans une balle de golf. Je suis parti à cent mille lieues mais toujours pas dans le trou. J’ai finalement retrouvé la petite rouge que j’embrasse dans le bus au matin, vers 7h07. 

C’est la première fille que je ne rencontre pas d’Internet. D’habitude, ça se passe comme ça. Elle désire me faire découvrir un truc auquel je n’ai pas gouté encore. Très portée sur les substances qui te font partir sur Pluton sans fusée, je me méfie. Mais j’ai envie de la revoir. Elle sentait bon. 

Je décide de l’emmener sur la tour de chimie. C’est sur le campus de l’Université de Strasbourg, une grande tour assez futuriste mais qui commence à vieillir. Trop récente pour son âge. On peut aller sur le toit si on est assez malin. Dans l’ascenseur étroit, je tape sur le chiffre 15 et nous montons vers les Premiers Cieux comme un dernier voyage. Le dernier étage fait office de salle de réunion. La porte ouverte nous permet d’accéder au toit après que l’on passe une petite fenêtre. Le vent balaye nos cheveux et s’en va dans un autre temps. Ce temps-là est gris et colle parfaitement à nous, à notre vie et notre teint. On aperçois la splendide cathédrale depuis ici. A chaque fois que je la vois je pense aux hommes qui l’ont bâti, sans penser aux années qu’il faudrait pour achever un tel travail. Aujourd’hui, nous ne pensons qu’on au temps actuel ou futur proche. Nos projets ne vont pas loin. C’est pour cela que nous ne bâtissons plus rien d’extraordinaire, aucune oeuvre qui ne nécessite un temps fort long. La notion de productivité a réduis à néant notre créativité qui n’est bonne que pour l’instant, et tant pis pour la suite. Les enfants, non merci, moi d’abord. 

C’est assis contre le mur en face de Strasbourg et sa plénitude qu’elle me laisse la possibilité entre le LSD et les champignons hallucinogènes. La pilule bleue ou la rouge ? Je prend les champignons car ça me parait plus naturel et j’aime l’omelette aux champignons. J’ai encore mal au crâne de la veille. J’avale ça comme un ogre. 

C’est une chute mentale et une dérive vers l’inconnu. La peur de l’obscurité joui au jour gris de ma naïveté. Mon champ de vision se rétréci pour se concentrer sur sa tête. Une énorme tête de requin avec la gueule ouverte qui veut me déchiqueter. Il a déjà de la chair entre les dents. Je crie, je hurle ! Je vois des bras qui veulent m’attraper avec des ongles longs. Trop tard pour lui je suis maintenant très loin. Si je saute il ne pourra certainement pas me déguster. Il y aura toujours une issu en bas, c’est plus facile comme ça. J’ai peur et pourtant, il y a des gens qui m’aiment autour de moi. Je saute dans l’oubli. 

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Orgueil

Brisée ton ardeur 

Dans la fumée noire

Tout s’évapore même 

Nos souvenirs enchanteurs.

Loin de toi je ris aussi

Dans le bleu de ma nuit.

Ton attention je l’ai jeté aux fauves

Et tu restes endormie

Auprès de ton félin disgracieux

Pleine d’envie de mes bras 

Qui prennent ta fragilité en moi. 

Tu peux enterrer l’idée 

De me conquérir tout entier 

Avec ma sensibilité 

Encore fumante dans une tombe 

Qui attend patiemment

D’être recouverte de terre non fertile. 

Sauter la haie de l’isolence 

Pour mieux te haïr encore

Et que rien ne l’emporte

Car ma victoire ne peut aller

Qu’au trou noir qu’à fait l’Amour maudit

Dans ton petit coeur solitaire. 

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Relation à court terme
La création du désir 
Est ainsi faite, virtuellement
Ca part en vrille 
La spirale de l’invisible
Avale tout sur son voyage
Il ne reste même pas quelques souvenirs
Sans grand intérêt
Beaux dans leur maigres détails
Avant il y avait les photos
Avant il y avait les mots
Avant il y avait l’attente
L’empreinte dans le sable
S’efface sans douleur
On survole la plage
On se baigne à peine 
Dans la mer du désir. 
J’aime y tremper mes pieds
Les sentir s’enfoncer au grès des vagues
Je voudrais mouiller mes mains.
Je ne sens plus l’eau.
Je ne sens plus rien.

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Je n’en peux plus de ce silence. Je veux être soulagé par ta parole. Un signe. Il y a les images mais il n’y a plus de mots. Ton intelligence a disparue. Je pense à nous, désintegrés, la nuit. Ça m’angoisse. Je voudrais être confus comme toi mais je n’arrive pas. C’est trop tard. Tu m’as mordu. Tu es repartie. Avec tes yeux de loup. Putain. C’est trop. Pour moi, pour toi. C’est brouillon. Envolé, le petit oiseau aux multiples coiffures. J’ai un peu mal. Beaucoup. En tous cas, mes yeux restent ouverts. Voulant un signe. Tu as a gagné. Je ne veux pas que tu sois plus forte. Tu ne l’es pas. Je ne te montrerai rien. Il me faut un souvenir de toi.

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Petits papiers volants

La parole c’est brosser l’air dans le sens du poil. Mon peigne s’est cassé toutes les dents lors d’une virée grotesque de mon cerveau par terre. On ne voulait plus que je parle. Peut-être que j’en disais trop. Peut-être que mes phrases n’étaient pas utiles pour le monde. Maintenant, avec mon brouillon verbal j’ai l’impression de construire une tour de Babel sonore. J’empile les mots les uns sur les autres. Ce sont des petits papiers volants avec des lettres écrites dessus. Il y en a des millions, des milliards collés ensemble qui forment la tour des mots. La parole est emprisonnée tout en haut dans une petite pièce secrète. Elle crie car les murs de mots insensés se rapprochent d’elle pour l’écraser et en faire de la bouillie. Personne ne l’entend. Elle est a des kilomètres du sol. A quoi sert-elle vraiment puisqu’ici on ne peut plus rien dire ? Elle souffre certainement là-haut mais ne vaut-il pas mieux cela que d’avoir une parole forcée d’affronter le jugement pourri des autres. C’est à force d’être jugée sans cesse que la pauvre parole se replie sur elle-même et meurt à petit feu d’un cancer provoqué par les autres. Je vote pour une parole libre. Une communication folle. Imaginez une parole lancée à un autre dont la réponse n’aurait aucun rapport avec ce qu’on vient de lui dire. Ici, l’expression est possible. La parole doit être ivre pour être libre. 

Je ne veux plus parler. Laissez-moi. Et si des mots qui ne vont pas ensemble sortent de ma bouche spontanément, tant mieux, ça brouillera les pistes. 

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Je manque désespérément de ton affection.

Il ne faut jamais oppresser une femme puisque sa façon rancunière d’aborder une relation fera en sorte qu’elle vous fuira comme la peste. Mais quand on est en mal d’amour, une poussée soudaine nous prend qui nous amène à oppresser l’autre dans notre recherche continue de réponses qui nous paraissent vitales. 

C’est toujours quand on a besoin d’un peu d’amour pour réchauffer l’âme qui commence à tiédir pour ne pas dire basculer vers une violente givrée que la femme s’en va, au loin, reste inaccessible, comme si elle ne voulait pas être là quand on a besoin d’elle. 

Je ne comprendrai jamais les femmes mais je sais jouer avec. C’est un peu comme les domino, quand on en a fait tomber une, elles peuvent toutes tomber. Mais tomber ne signifie pas ‘bouleverser’. La passion ne se crée pas en tombant elle se fait d’abord en chancelant, à droite, à gauche, l’esprit file puis s’abandonne. Quand on tombe seulement, l’esprit file mais il reste toujours un peu là, conscient qu’il y’aura un après, que ce moment là est à vivre, un point c’est tout. 

J’ai énormément de mal avec le fait d’oublier ce qui m’a fait du bien. Tirer le trait. Je veux toujours revenir quand il ne faut pas, même évidemment quand on ne veut plus de moi. En revanche on m’oublie facilement, et c’est normal puisque je suis un connard qui profite seulement, fais tomber les demoiselles sans les relever. Ma douceur extrême cache ma froideur lorsque je fuis.

Et pourtant j’aime les femmes. De tout mon être. Il n’y a rien d’autre qui m’attire le plus, qui court à ma perte. C’est de l’art vivant, une matière infinie de beauté, des traits combinés de mille et une manière qui me fascinent. Je ne peux pas m’empêcher de tourner la tête sur une belle femme dans la rue car il faut que j’analyse ses formes et sa manière d’être et je me tournerai à chaque fois car cette perfection ne peut pas me lasser. Ce mélange de glorieuses courbes et d’allure élancée qui brasse l’air de manière si élégante me questionne sans arrêt, m’inspire et sublime mon esprit.

Et c’est à cause de cette manière d’être si érotique qui est aussi calquée sur leur psychologie que je ne peux m’empêcher de jouer avec elles, que je ne concrétise rien puisque tout est dans la sublimation, dans la surface. 

La profondeur me fait peur. Les filles qui détectent mon jeu me le font savoir et même celles qui ne s’en étaient pas douté, finissent par le découvrir et au fond ne me confie pas leur amour précieux mais m’enveloppent d’un petit bout de tendresse qui me tue à petit feu car la tendresse est éphémère. 

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Portrait fragmenté
En millions de petits morceaux
Qui un par un
Collés ensemble,
Aglutinés par le temps,

La masse du sablier,
Forment mon esprit
Mon teint, ma différence,
Ma grâce. 
J’en prend un parmi tant d’autres
Et dans ce verre luisant
Le souvenir de mes vingt ans
Resurgit comme une boule de feu
Dans mon histoire de conquérante.
Il faisait froid
La pluie tombait,
Ruisselait,
J’avais peur.

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La fuite de mes pensées barrent la route à mon imaginaire éclairé.

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Manger manger 
Mon esprit avale les femmes
Et laisse sur le bord de l’assiette
Sa délicatesse juste là
Pour l’accompagnement du met divin.
Mais le divin est sorti de la femme
Il ne reste plus que de la chair
A mastiquer fade
Belle en surface
Sous la peau c’est pas radieux
Zéro exostisme
Pas assez sucré
Encore moins salé
La couleur du venin est glaçante. 
Manger manger
Je ne veux plus avaler ces fausses saintetés.  

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Le culte du beau resplendissant dans un esprit pastellisé, glacé dans une virilité réduite à néant et féminisé intentionnellement. Petits muscles et force proche de zéro. Idées inexistantes ou piochées dans la masse, non confrontées aux autres car ils sont forcément d’accord pour que le conflit soit évité. Doux sourire sur des lèvres rosées. Une bouche hypocrite qui ne sort jamais d’éléments subversifs mais uniquement des sottises qui font rire les sottes et les copains au cerveau moulé grâce à la Machine médiatique (M majuscule, trop importante car trop bien huilée). Ainsi voilà l’homme moderne. Parfait dans son rôle de petit homme sain, sans reproche et sans risque de bavures intellectuelles commises, mais sans risque d’aller vers la déstabilisation de l’Empire non plus.

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Deux corps qui tentent de se croiser dans la rue mais qui n’y arrivent pas et s’engouffrent dans un mimétisme pathétique. Remuant les jambes et tournant le corps en espérant que l’autre, salopard, aille dans la direction différente. Il faudra plus de 4 tentatives pour enfin les séparer. Leurs yeux, en alerte, criant de désespoir. Enfin, ils peuvent continuer leur chemin après cette insupportable rencontre éclair.

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Ecume salée

Je suis le sable que les vagues atteignent toujours de leur folle écume. 
La sécheresse ne me connais pas et j’en sais encore moins sur elle.
Puisque je suis toujours trempé jusqu’aux os de toutes ces idées
Qui maintiennent mon esprit dans un bain au calme affolant. 
C’est reposant au contraste de la tempête qui se prépare.
Dès que je pense à elles. Dès que je pense à toi. 
Dès que c’est la nuit dans mon monde. 
Ma malicieuse bien-aimée tu entres
Et tu fais ta vie avec la mienne.
Tu danses sur une plage 
Très loin de ma vue.
Mais je t’entend.
Ta belle folie.
Inoubliable
Atypique

Joueuse.